Reliquaire en chantier

Reliquaire en chantier

Au mois de mai 2019, c’est ouvert à l’abbaye de Saint-Maurice, l’exposition « Reliquaire en chantier – La raison des gestes » :

Les quatre déclinaisons de l’affiche de l’exposition « Reliquaire en chantier » conçue par la graphiste Adeline Mollard.

Cette exposition présente les travaux de restauration en cours de la Grande châsse de saint Maurice. Elle se concentre sur l’étude de la châsse, son état de conservation et les différentes phases de transformation qu’elle a subies. Face à un objet d’art, l’historien conduit un travail d’identification qui permet de le replacer dans son temps et son lieu de création, c’est-à-dire de le dater et de le localiser.

Vue du bandeau lumineux installé dans le trésor pour présenter les indices matériels de la Grande châsse de saint Maurice.

Dans le cas de la Grande châsse, cette approche essentielle est singulièrement compromise car l’objet, stylistiquement hétérogène, n’offre pas de programme iconographique précis et présente un aspect composite qui révèle clairement des strates chronologiques distinctes. L’état « bricolé » du reliquaire et les diverses traces de réutilisation et de réparation que l’on peut observer ici et là, ont amené la plupart des auteurs à considérer qu’il avait été, sinon fabriqué du moins fortement transformé au XVIIe siècle, en réutilisant des fragments originaux de reliquaires médiévaux. Bien qu’il ait été prouvé par l’étude en cours que cela n’est pas le cas, il reste néanmoins difficile d’approximer la date et le lieu de fabrication de cet objet composite en utilisant les instruments habituels de l’histoire de l’art, à savoir les comparaisons iconographiques et l’analyse stylistique, puisque les réponses proposées jusqu’ici restent peu satisfaisantes. Cependant, nous avons opéré depuis quelques décennies un retour à l’artefact dans le sens d’un material turn (ou tournant matériel). A cet égard, les médiévistes s’efforcent plus particulièrement d’équilibrer les qualités haptiques (ou tactiles) et optiques de l’objet. Il s’agit là d’une amélioration épistémologique indéniable qui a permis non seulement des (re)découvertes et des réattributions précieuses, mais aussi de restituer avec profit la matérialité et l’agentivité dans le discours historien. Ce « tournant » exige une meilleure intégration des contributions spécifiques des chercheurs des sciences de la conservation et celles des sciences historiques. Dans le cas présent, nous avons précisément établi ce protocole dès l’entame des travaux, qui devraient constituer à terme l’analyse matérielle la plus complète de l’objet. Cette exposition est l’occasion de présenter au public les résultats intermédiaires de l’étude.

Reconstitution de l’agencement supposé du devant d’autel Roman duquel pourraient provenir les reliefs des apôtres et du Christ
Vue « éclatée » des ornements du pignon de la Sainte Vierge pour illustrer l’économie et le remploi patrimonial

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