Le Projet

Le Projet

Un reliquaire complexe en quête d’une origine

Une des premières étapes sera de confronter aux hypothèses actuelles le regard porté sur l’état matériel par les différentes disciplines. Chaque pièce, chaque assemblage, chaque trace présentes sur la châsse sont autant de sources primaires d’information pour mieux comprendre son histoire.

Les recherches historiques préliminaires n’ont pas permis de clarifier les circonstances de la création de la châsse. Selon la plupart des historiens, elle aurait été réalisée par l’abbé Pierre Maurice Odet, au XVIIe siècle. Mais on ne peut s’empêcher de remarquer le caractère composite du reliquaire. Avec ses reliefs de style roman sur les grandes faces et son pignon gothique orné d’une figure de la Vierge en trône, avec ses nombreuses plaquettes décorées de filigranes et de pierres précieuses et semi-précieuses, dont les montures renvoient aux XIe, XIIe et XIIIe siècles, la châsse résulte plus vraisemblablement d’un remontage de la fin du premier quart du XIIIe siècle. C’est aussi la date du coffre de mélèze qui lui sert d’âme, qu’une analyse dendrochronologique ancienne mais partielle a permis d’établir. Une meilleure compréhension de l’œuvre et de son histoire est donc attendue.


Des traces historiques à conserver, des altérations à stabiliser et une splendeur à restaurer

La maîtrise des pratiques anciennes d’orfèvrerie est nécessaire pour comprendre les étapes de fabrication de cet objet complexe. La lecture des traces de fabrication permet de dénouer les longs processus de mise en forme pour comprendre les altérations d’aujourd’hui.

La Grande châsse de saint Maurice, constituée essentiellement de tôles en argent repoussées et partiellement dorées, est aujourd’hui ternie. Le nettoyage de ce ternissement par des techniques électrochimiques innovantes permettra de redonner l’éclat de ce reliquaire sans modifier les traces historiques de fabrication et de vénération.

Lors de la première phase de conservation-restauration du trésor (2012-2014), nous avions constaté que plusieurs objets avaient été « restaurés » ou consolidés au moyen de soudures à l’étain, parfois inesthétiques mais toujours nuisibles à l’objet. A l’instar du pleco, pinceau électrolytique développé par la HE-Arc conservation-restauration lors de la première phase d’intervention sur le trésor abbatial, il s’agit désormais d’élaborer un protocole de dérestauration des soudures à l’étain qui fasse référence auprès de la communauté professionnelle internationale.


Un processus complet d’analyse matérielle

Une partie des réponses aux questions se posant sur l’histoire de la châsse se trouve à l’intérieur même des matériaux utilisés. L’étude détaillée des alliages d’argent nous permet de définir finement les procédés de fabrication (métallographie), la composition (spectrométrie de fluorescence des rayons X), voire la provenance du minerai (analyse des isotopes de plomb). Une fois l’objet démonté, on pourra réaliser une dendrochronologie permettant de dater avec précision la date d’abattage du mélèze constituant l’âme de la châsse.

L’étude des masses de renfort, des décors niellés, des gemmes, des textiles et des authentiques de reliques, sans oublier les ossements (paléopathologie et anthropologie) sont autant de sources d’information pour affiner nos connaissances.

L’utilisation de méthodes d’imagerie permettront de mieux comprendre l’état des assemblages et des brasures en étain (radiographie X) ou de révéler les détails de surface (imagerie par transformation de la réflectance) comme des traces de fabrication ou des micro-fissurations.


Un objet saint dans un environnement sain

L’humidité relative, l’oxygène, la lumière, les polluants atmosphériques sont parmi les agents pouvant altérer les matériaux patrimoniaux. Le soufre de l’air, par exemple, est le premier responsable du ternissement de l’argent. Son captage est donc nécessaire à l’intérieur des vitrines pour maîtriser les risques de reternissement des pièces restaurées. Un sérieux travail en ce sens a déjà été entrepris par le récent dispositif de la salle du trésor et l’équipe en place, mais cela nécessite encore des améliorations et une vigilance constante.

A l’occasion des célébrations de la saint Maurice – chaque 22 septembre – les châsses du trésor sont portées en procession dans les rues de la vieille ville. Le poids cumulé des reliquaires et des dispositifs de portage rend cette opération pénible pour les chanoines et n’est pas sans risque. Il est envisagé de développer, en partenariat avec la HE-Arc Ingénierie, un nouveau système léger, ergonomique et sûr pour soulager les porteurs et prévenir un incident lourd de conséquence.